Production agro-alimentaire : les pénuries et les gaspillages

Abondance     Alors que la sous-alimentation refait périodiquement l'actualité, le quart de la production agricole mondiale se perd. Le chiffre a été récemment rendu public : nous sommes désormais 6 milliards d'humains sur terre. L'annonce a aussitôt remis à l'ordre du jour un débat récurrent : comment nourrir la planète, lorsque, à l'horizon tout proche de 2050, elle passera d'une population actuelle de 6 milliards à 9 milliards d'humains. La surface agricole utile de la terre reste stable, la raréfaction due à l'urbanisation et aux grands travaux d'infrastructures est à peine compensée par un défrichage des forêts et des programmes d'irrigation contestés, on le sait, pour leurs impacts sur les évolutions climatiques mondiales. Alors que de plus la croissance, dans les pays émergents d'une classe moyenne demandeuse d'une amélioration de son alimentation. La Chine, par exemple, a doublé sa consommation de viande en moins de deux décennies : de 30 à 60 kilos par personne et par an. Et cela va se poursuivre lorsqu'on sait qu'en Europe cette consommation est de 95 kilos, et aux Etats-Unis de 130. En moyenne mondiale elle n'est encore que de 40 kilos par tête et par an, c'est dire que la tendance à la hausse de la consommation n'est pas près d'être renversée, ni même de se stabiliser. La réponse à la question va de soi : c'est l'accroissement de la productivité. Réponse qui soulève d'autres questions, celle des OGM, par exemple, les organismes génétiquement modifiés, hors desquels, affirment certains, il n'y aura pas de salut alimentaire, tandis que d'autres y voient une menace aux conséquences imprévisibles pour les équilibres botaniques et biologiques. Et s'il y avait une autre façon de poser le problème ! Une récente étude (début 2011) « global food losses and food wast» (« Pertes et gaspillages globaux de nourriture »), menée par la FAO (Food agricultural organization) des Natione Unies à la demande de l'Institut suédois pour l'alimentation et la biotechnologie, met en lumière un thème encore bien peu développé : la dilapidation des ressources agricoles. Une perte estimée par cette étude à 1,3 milliard de tonnes par an.

Gaspillage     En Inde, selon Amrita Patel, présidente du NDDB ( National Dairy Development Board, responsable de la collecte laitière et de l'amélioration du cheptel), il se perd chaque année 40% de la production agricole du fait de la faiblesse des infrastructures de collecte, de stockage et de transports. En Afrique sub-saharienne, estime Jamal Saghir, responsable du Continent auprès de la Banque Mondiale, c'est 20% des récoltes céréalières qui se perdent. Pour l'ensemble des pays en développement, la perte annuelle de denrées alimentaires est évaluée à 630 millions de tonnes.

      C'est beaucoup et ce n'est pas tout : le rapport de la FAO met en parallèle ces « pertes alimentaires », qui sont, donc, le problème des pays en développement, avec le « gaspillage de nourriture », par les pays riches, et qu'il estime supérieur : 670 millions de tonnes.

    Evaluations forcément approximatives, mais néanmoins significatives. Aux Etats-Unis, 50% de la nourriture serait jetée sans être consommée. Et France 30%. Pour des raisons diverses. Les normes de qualité, estime le rapport, « exagèrent l'importance de l'aspect extérieur » des fruits et légumes, et éliminent des produits sains. Le principe de précaution, l'accroissement des règlements sanitaires, les pratiques commerciales des grandes surfaces, ventes par lots et produits d'appel, emplissent les caddies et les frigos de produits qui finiront à la poubelle. En conclusion, selon le rapport de la FAO, « il serait plus rentable de réduire le gaspillage de nourriture que d'accroitre la production agricole ». En clair c'est dès maintenant que la terre pourrait nourrir les 9 milliards d'humains annoncés. Le propos peut paraître excessif. II a en tous cas le mérite d'ouvrir le débat. Georges Châtain.

     En 2010, selon la FAO, 925 millions d'humains souffrent de la faim ( en léger recul : en 2009, ils étaient 1,23 milliard ), à 98% dans les pays en développement. 56 % sont des paysans, sans terres, victimes de la concurrence, des catastrophes climatiques, de la dégradation et de la raréfaction des terres agricoles.

     Et, selon l'OMS (Office mondial de la santé), 1,6 milliard d'adultes (plus de quinze ans) sont en surpoids , dont 400 millions d'obèses.

©RCI -01/2012- Georges CHATAIN