Ce serait donc bien parti. La méfiance - pour ne pas dire l'hostilité - de l'Allemagne et des Scandinaves au projet d'Union méditerranéenne du président Sarkozy, aurait été dissipée par les explications françaises: il n'est pas question de limiter la réunion préparatoire, le 13 juillet, aux seuls pays riverains, au risque de créer une fissure centrifuge entre l'Europe du nord et l'Europe du sud. Les vingt-sept pays de l'Union européenne participeront au projet, devenu l'Union pour la Méditerranée (en sémantique diplomatique, le moindre mot a son poids) et très revu à la baisse.
Au vrai, la presse européenne n'est pas vraiment convaincue qu'Angela Merkel ait abandonné ses réticences, et que le réchauffement des relations entre la France et l'Allemagne soit sans réserves ni arrière-pensées, même si le projet français, en principe devenu européen, a multiplié assez de bémols par rapport au projet initial pour que plusieurs éditorialistes (dont, en France, Le Monde, 15 mars) l'estiment "dénaturé".
De plus, même si le compromis européen a finalement abouti, il reste d'autres partenaires à convaincre: les dix pays riverains dits "du sud", s'ils sont tous intéressés à renforcer leurs échanges avec l'Europe, ils le sont d'autant moins à en établir entre eux que leurs produits agricoles d'exportation sont pour beaucoup en concurrence sur les marchés riches.
L'antique "Mare nostrum" unificatrice de l'Empire romain est aujourd'hui traversée de clivages et d'antagonismes multiples. Le principal tient évidemment à la situation en Palestine, il n'est pas nécessaire d'y insister. Mais il n'est pas le seul, loin de là. La Turquie voit le projet surtout comme une astuce diplomatique pour lui fermer la porte de l'Union européenne. Sans compter l'hostilité toujours latente de sa vieille ennemie la Grèce, hostilité entretenue par la division de l'île de Chypre. Le Maroc et l'Algérie restent toujours en froid sur le problème sahraoui. La Tunisie reste fidèle à ses préférences pour des relations de type bilatéral avec les pays européens. L'Egypte, grande importatrice céréalière, préfère les blés des pays de l'ancienne Urss aux blés français. Quant aux pays balkaniques, ceux de l'ancienne Yougoslavie toujours au bord de l'affrontement, surtout après la déclaration d'indépendance du Kosovo, sont loin d'esquisser entre eux des rapprochements significatifs.
La réunion de juillet, donc, devra très probablement se contenter d'ouvrir un dossier complexe et délicat. Un dossier aussi auquel les tempêtes financières de ces derniers temps confèrent une actualité nouvelle: dans la globalisation qui poursuit sa marche en avant, quel peut être le rôle stabilisateur des ensembles régionaux ?
© RCI- Edito Juin 2008