L'après-Copenhague: déceptions et inquiétudes.

Désillusion, échec, fiasco, dialogues de sourds, guerre d'égoïsmes, irresponsabilité, les commentaires n'ont pas lésiné en sévérité et en amertume sur les résultats de la conférence climatique de Copenhague. C'était, parait-il, la plus importante assemblée à ce jour de chefs d'Etat: 192, pratiquement tous, des plus petits (Grenade, le Lesotho, les Maldives) aux plus imposants (les Etats-Unis, la Chine, l'Inde, l'Union européenne, le Brésil...). Pour aboutir à un texte minimal en douze paragraphes, baptisé assez pompeusement « accord de Copenhague », et qui n'est qu'un catalogue de souhaits plus ou moins pieux, élaboré, selon les observateurs présents, par les chefs d'Etat de cinq des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre, Barack Obama, Wen Jiabao ( Chine), Manmohan Singh ( Inde), Lula ( Brésil), Jacob Zuma ( République sud-africaine).


Récolte de la canne a sucre au BresilBrésil : la récolte de la canne à sucre. Les plantations sont massivement incendiées pour dépouiller avant la coupe la canne de son feuillage. Une méthode très polluante pour l’environnement immédiat, et très productive de CO2, que le gouvernement ne parvient pas à éradiquer.La Chine est la principale cible des pourfendeurs de la pollution, car son nouveau rôle d' « atelier du monde » a entrainé un accroissement rapide (+ 59% de 2000 à 2005) des émissions de gaz à effet de serre. Elle rétorque qu'elle reste, et de loin, bien en deçà, en matière de taux de rejets, que les Etats-Unis et l'Europe; qu'une notable proportion des industries mises en cause sont des firmes occidentales venues s'implanter chez elle; et qu'elle a le droit, et même le devoir, de poursuivre son essor économique. Elle est en valeur absolue le premier émetteur mondial, mais ces émissions, rapportées au rejet par habitant, la classent loin derrière les pays pollueurs: 6 à 7 tonnes par habitant et par an, chiffre comparable à celui de l'Union européenne, contre 24 pour les Etats-Unis,  17 pour la Russie, 14 pour le Brésil, 12 pour l'Allemagne...


Ce critère du rapport tonnage-habitant a aussi été contesté à Copenhague, et dénoncé comme un trompe-l’œil. Exemple: le  pays le plus pollueur du monde selon ce critère est l'Australie, avec quelque 28 tonnes/habitant. Mais ce presque continent, grand comme quatorze fois la France, compte près de quatre fois moins d'habitants; c'est dire que sa responsabilité dans l'effet de serre reste minime. Idem pour le Canada (troisième derrière l'Australie et les Etats-Unis, 22 tonnes/habitant), plus grand que la Chine et trente fois moins peuplé.
Autres points d'achoppement: les pays forestiers, « poumons verts du monde », le Brésil, l'Indonésie, l'Afrique équatoriale, et qui fondent leur développement sur leur déforestation. Ils accusent volontiers les pays riches de vouloir leur interdire les pratiques sur lesquelles ils ont eux-mêmes, dans un passé pas si lointain, appuyé leur développement; et ceci pour éviter d'avoir eux-mêmes à  toucher à leur train de vie. Quant à l'Afrique sub-saharienne, dont la production à effet de serre est presque négligeable, elle craint de se voir de nouveau reléguée au rang d'assistée: l'aide de 30 milliards de dollars annoncée pour « aider les pays les plus pauvres à s'adapter au changement climatique » semble à certains de leurs observateurs un piège destiné à maintenir sous tutelle leurs propres efforts de développement.


Autant de clivages et de discordances qui rendaient probable l'improductivité concrète de la conférence de Copenhague. Chaque pays est en fin de compte renvoyé à ses propres problématiques. Avec un corollaire: l'accompagnement par chacun de ses efforts de réduction par un encadrement de mesures de protection. Et une crainte: l'évolution vers des « droits à polluer » en forme de quotas négociables, que les pays pauvres, sous utilisateurs seraient tentés ou contraints  de vendre aux pays les plus développés pour maintenir leur capacité de pollution. La « gouvernance mondiale », que les plus optimistes espéraient voir au moins s'esquisser à Copenhague, reste à ranger au rayon des utopies lointaines.


Georges Châtain Journaliste.