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Révolution culturelle ?

Le premier choc est passé, l'actualité bruyante s'affronte à d'autres sujets et à d'autres drames, mais la crise est toujours bien là. Elle s'installe maintenant dans le quotidien, un quotidien qui s'annonce morose et incertain. Les économistes et les experts se font perplexes; car, selon la formule consacrée, la prévision est un art difficile, surtout quand elle concerne l'avenir. Ce qui est certain, c'est que d'ores et déjà l'optimisme libéral et la main magique du marché ne font plus recette. La mondialisation n'est plus le remède magique aux problèmes de l'humanité, et les appels à la moralisation du capitalisme ne convainquent vraiment ni les politiques, ni les entrepreneurs, ni les consommateurs. 2009, de l'avis unanime, va être dur.

Et c'est une véritable révolution culturelle qui semble se dessiner. L'intervention de l'Etat, d'abord, massivement sollicitée depuis l'automne, et non moins massivement prodiguée; le gêneur et le parasite de naguère devient le recours, la pensée keynésienne sur son rôle régulateur y trouve une nouvelle jeunesse. En France même, le discours gouvernemental devient inverse à ce qu'avait été lors de la campagne présidentielle le discours du candidat Nicolas Sarkozy : la dénonciation de l'Etat-providence et de l'assistanat a cédé la place au constat que si l'économie française a mieux tenu le choc que celle de ses proches voisins européens, c'est en raison d'une redistribution plus marquée par les transferts sociaux, qui permet à la consommation des ménages de mieux se maintenir. Et l'admiration proclamée pour le développement économique par l'endettement - par exemple l'apologie par le candidat des prêts hypothécaires - a disparu des propos du président. Dans l'Union européenne, la notion de planification - cette "ardente obligation" chère au président Charles de Gaulle- refait surface dans divers propos.

Même le mot jusqu'à ces derniers temps le plus obscène du vocabulaire économique, le mot de protectionnisme, commence à n'être plus tabou. Il refait timidement surface dans certaines hypothèses thérapeutiques, jusqu' aux pays de l'ancien "groupe de Cairns" ( 1), qui prônait, face à l'Union européenne, aux Etats-Unis et aux pays du Sud, le libéralisme absolu. On ose reparler de soutiens à la production, d’éventuels contrats commerciaux bi- ou multilatéraux, d'aires géographiques homogènes selon les degrés de développement. L'euphorie  mondialisatrice de l 'Organisation Mondiale du Commerce va devoir composer avec des débats et des controverses jusqu'ici bien inattendues.

© RCI- Georges Châtain. Edito Février 2009

 ( 1).- Groupe constitué de pays aux niveaux de développement très divers, mais marqués par une même prédominance de leur activité exportatrice: Afrique du sud, Argentine, Australie, Bolivie, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Indonésie, Malaisie, Nouvelle Zélande, Paraguay, Philippines, Thaïlande, Uruguay.